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Le cri de la salade

A la demande de mes ami(e)s, je me lance à partager quelques variations épistolaires.

Un homme seul - partie 21

On demande plus de détail sur ce nouveau projet dans lequel se lance notre amie. Elle dit que si nous voulons, nous pouvons la rejoindre, même si ce n'est que de temps en temps, en raison de nos emplois du temps surchargés et de la distance qui sépare certaines d'entre nous. Mais il y a du boulot pour toutes les bonnes volontés. C'est un projet intéressant, aider les autres, c'est une idée qui me trotte en tête depuis bien longtemps sans avoir jamais développé le comment faire. Rendez-vous est pris pour rencontrer ses nouveaux amis et voir si on peut rejoindre l'organisation des bénévoles.

Notre amie est ravie et elle demande une accolade fraternelle indispensable pour sceller ce projet de groupe. Qu'à cela ne tienne, on se lève toutes et c'est une grande mêlée que nous construisons à sa demande, avec le plus grand bonheur. C'est aussi la fin de journée qui s'annonce, le moment de se séparer et de reprendre le chemin de nos vies. Un petit pincement au cœur, je n'aime pas cette séparation, elles me manquent déjà.

On s'embrasse de nouveau, on se sert dans les bras, on s'encourage pour celles qui ont besoin de soutien, on se promet de ne pas attendre la prochaine réunion pour prendre des nouvelles et vaille que vaille, on se dirige vers nos manteaux et nos sacs. Les quelques couches qui vont nous protéger du froid sont laborieusement empilées sur nos corps réchauffés par plusieurs heures d'un confort des plus doux. La pluie et le vent ont cessé, nous étions tant prises par nos discussions que nous n'avons pas remarqué cette accalmie dont nous avions pourtant bien envie. La route du retour sera moins compliquée, c'est heureux, car après le festin du déjeuner et la douce chaleur du foyer, la digestion pousserait à la sieste tranquille, même en fin de journée.

Nous voici toutes à nos voitures, le portail ouvert, notre hôtesse nous fait de grands signes d'au revoir. On la connait, on sait qu'elle va rester à nous regarder jusqu'à la disparition de la dernière d'entre nous toujours en agitant son bras. Alors, on fait de même, un dernier coucou en attendant nos prochaines retrouvailles.

Nous sommes en file indienne pour les premiers kilomètres puis, petit à petit, nous nous dispersons, chacune reprenant la route de sa demeure, appels de phares ou coup de klaxon pour un dernier signe.

J'allume la radio, la solitude va me tomber dessus à grande vitesse, je connais très bien ce sentiment. Peut-être même que des larmes voudront s'exprimer, sans mon autorisation. C'est con, cette impression d'abandon que je ressens à chaque fois que je quitte mes amies.

Pas de musique ce soir, non, je me branche sur une station qui débat souvent de faits de société. Je prends en cours, je fixe mon attention sur la route et sur la discussion qui entraîne des spécialistes sur un sujet qui m'est totalement inconnu, l'héliciculture, élevage d'escargots bio dans le but d'en faire des produits cosmétiques et c'est le patron d'une entreprise fort de plus de 20 années d'expérience qui explique son savoir-faire. C'est intéressant bien que je sois sceptique sur la réelle efficacité de la bave d'escargot, mais ce qui me fait sursauter, c'est d'entendre qu'ils sont situés en Vendée ! Du coup, je repense au collègue de mon ami vendéen avec un petit regret que cette soirée délicieuse n'ait pas été suivie de quelques autres.

La route est tranquille ce soir, contrairement à mon trajet de tout à l'heure. La nuit est tombée, les nuages se sont dispersés et le ciel livre ses étoiles à mes yeux avides. Mes phares allumés éclairent au loin, je suis seule, ou pratiquement, quelques rares voitures m'obligent à retirer mes feux de route. L'émission ne me passionne pas vraiment, j'entends sans vraiment prêter attention, c'est plus un fond sonore. Finalement, je décide de passer à la clé USB et l'album de Gregory Porter démarre tout de suite, m'entraînant dans le bonheur de l'écoute. Il porte à mes oreilles un son jazzy des plus agréables, la voix chaude et sensuelle de l'artiste murmurerait presque rien que pour moi, un délice ! Je monte le son, il est là, près de moi dans l'habitacle de ma voiture, éclairé par le tableau de bord, d'une lumière bleutée.

Me voici tranquille pour la route du retour, il fait bon dans ma voiture, le temps a calmé sa colère et la lune si ronde me guide, transformant le paysage de cauchemars de ce midi en jeux d'ombres et de lumières. Il y a bien des traces de la tempête, les faussés qui débordent par endroits, des branches cassées qui parfois pendent encore dans les arbres et des champs inondés, jusqu'à des arbres tombés, fort heureusement, aucun n'est sur la chaussée. Je me rends compte qu'il y a eu des interventions d'urgence, certains arbres déracinés sont coupés en gros tronçons, les services municipaux ou les pompiers, suivant la gravité de la situation, très probablement.

Je réalise que le printemps me manque, il y a de quoi s'impatienter même s'il n'est d'autre choix que d'attendre la bonne volonté de Dame Nature. Il est vrai que chaque saison est belle, et si j'adore l'hiver et ses arbres nus, sa vie ralentie puis parfois, son manteau neigeux, j'aime plus encore le printemps, les bourgeons qui grossissent d'abord timidement avant d'exploser et libérer fièrement devant tout un chacun, des feuilles fragiles et froissées. Et précédant l'éclosion des bourgeons, les bulbes qui sortent timidement leur tête colorée, les oiseaux qui s'agitent à préparer leur nid, la vie qui redémarre, avec ses rayons de soleil d'autant plus désirés que l'on s'impatiente à en croire le retour. Et moi comme tout le monde, je suis là à chercher un coupable à qui reprocher que le printemps n'est pas encore sur nous.

J'ai moins de passion pour l'été, même si j'adore les hautes températures dont on profite, lorsque l'on a de la chance. C'est finalement une saison propice aux déceptions, on attend depuis si longtemps de voir enfin arriver la chaleur, que lorsqu'elle n'est pas au rendez-vous, c'est la grisaille qui habille nos quotidiens, que ce soit dans le ciel ou dans nos vies.

Quant à l'automne, même s'il n'est pas toujours facile de voir les journées raccourcir et le ciel se charger plus souvent en pluie, ses couleurs sombres, rougeoyantes et changeantes, ses feuilles qui se décrochent une par une pour commencer, avant de recouvrir les sols d'un tapis crissant et mouvant, lui donnent un charme particulier.

Me voici déjà devant la grille de la résidence. Finalement même si Grégory Porter m'a fait avancer sans m'en rendre compte, je suis contente d'être enfin arrivée. Petit rituel pour rentrer la voiture au garage et me voici chez moi. Je dépose mes clés, enlève manteau écharpe et chaussures et décide de m'installer un peu dans mon canapé, histoire de profiter encore de quelques instants de calme.

Un sentiment curieux nait en moi. L'impression de n'être pas seule. Pourtant, le silence règne dans l'appartement, même le voisinage est totalement calme. Il est déjà passé 23 heures, probable que tout le monde dort pour être en forme demain à la reprise du travail après ce dimanche déplorablement pluvieux. Malgré cela, je n'arrive pas à définir ce qui me tracasse.

Je me relève et me lance dans la visite des lieux, j'allume les lumières, ouvre les portes, tout est en ordre et je suis seule. C'est heureux d'ailleurs, je ne vois pas bien ce que j'aurais fait si j'avais eu une compagnie indésirée. De toute façon, la porte était fermée à clé et les volets baissés dans toutes les pièces. Aucune trace d'intrusion quelconque. Alors d'où me vient ce curieux sentiment ? Pour me rassurer, j'allume le téléviseur du salon et me rends dans la cuisine afin de me préparer un petit quelque chose à grignoter. Honnêtement, je n'ai pas faim, mais cela m'occupera l'esprit et détournera mon attention de ce signal d'alarme qui clignote doucement dans un coin de mon cerveau. J'ai monté le son de la télévision, pas trop, je n'oublie pas les murs faiblement protecteurs et ne souhaite pas réveiller mes voisins.

Rapidement une bonne odeur s'installe dans la cuisine, celle de la soupe de potiron que je réchauffe doucement sur le feu avant de la verser dans un grand bol décoré de personnages de dessins animés. Je rince rapidement la casserole et la dépose dans l'égouttoir.

Enfin, je m'installe confortablement sur mon canapé, les pieds déchaussés et appuyés sur la table basse, les jambes croisées. J'hume délicieusement le parfum chaleureux et réconfortant. Plus l'odeur se diffuse, mieux je me sens. Au bout de quelques minutes, l'angoisse qui m'étreignait l'estomac s'estompe. Je me détends enfin et je regarde le film policier de seconde partie de soirée. C'est du déjà vu, mais je me laisse prendre malgré tout au suspens de cet espion pourchassé par ses anciens patrons. C'est à petites gorgées que j'avale mon breuvage réconfortant, le bon goût légèrement sucré est un brin régressif, je me retrouverais presque des années en arrière lorsque je tentais d'en faire manger à ma fille récalcitrante, lui vantant les mérites d'un potage qui ferait grandir. Qui n'a pas fait de même, prétendre des vérités qui n'en sont pas pour faire passer la pilule ? Peu importe, tous les moyens sont bons pour les découvertes culinaires !

J'ai pris mon temps, mais j'ai tout de même terminé ma soupe. Je n'ai pas rapporté le bol en cuisine, mais l'ai déposé sur la table basse afin de ne pas manquer la poursuite qui vient de commencer. J'ai beau savoir comment cela se termine, je suis quand même scotchée devant les images, admirative des cascades du héros. Entre deux bagarres, la naissance d'une histoire d'amour impossible, le rythme nous tient en haleine tout du long.

J'ai un peu froid, je resserre mon gilet sur moi, je crois que la fatigue commence à se faire sentir. Je profite de la coupure publicitaire, une de plus, pour débarrasser le vestige de ce léger dîner et me brosser les dents. J'ai même le temps d'enfiler une nuisette en dentelle bleu nuit sous une robe de chambre qui dissimule mon corps jusqu'à mes orteils. Le glamour se marie fort bien avec le sexy, surtout lorsque personne d'autre n'est là pour le voir. Je reviens juste à temps, le héros échappe à une nouvelle attaque destructrice. Je m'inquiète toujours des dommages collatéraux, mais il est vrai que ce n'est qu'un film et que, toutes les balles qui n'atteignent pas leur cible, ne finissent pas pour autant dans le corps de simples passants.

Le film se termine en apothéose, la fin n'est pas une fin réelle, on devine que le réalisateur a encore des choses à dire, mais ce sera pour une autre fois, moi je vais me coucher.

La télévision éteinte, je me dirige tranquillement vers ma chambre dont j'allume le plafonnier avant d'éclairer le lit grâce à la lampe de chevet, pour revenir éteindre le plafonnier. Un va-et-vient serait bien plus pratique, mais c'est ainsi. J'ai déposé ma robe de chambre sur le fauteuil d'appoint en cuir brun, tanné par des années d'usage et chiné lors de balades dans les vides greniers, avec mon amie.

Je soulève à peine la couette, juste ce qu'il faut pour me glisser dessous sans faire entrer l'air plus frais de la chambre. Je me retourne pour éteindre la lampe de chevet. Mon bras est un peu trop court, c'est curieux. Et le réveil qui accroche mon regard habituellement est légèrement tourné, je ne parviens pas à lire l'heure. Je me rapproche de la table de nuit pour éteindre la lampe, tout en tournant légèrement mon réveil afin de pouvoir lire l'heure sans besoin d'y toucher au petit matin. 1h43. Cela va être difficile de se lever, tout à l'heure.

Une fois la lumière éteinte, je commence à me détendre. Enfin, j'essaye. C'est de nouveau cette curieuse sensation qui m'envahit. Elle ne se base sur rien, mais elle est là, qui me taraude le cerveau et me tord l'estomac. Finalement, je rallume la lampe de chevet et décide d'aller vérifier si j'ai bien fermé la porte d'entrée. Oui, tout va bien, à double tour, et la clé dans la serrure, personne ne pourra entrer.

C'est le moment de me calmer, je n'ai aucune raison de stresser ainsi, la journée a été bonne malgré la tempête qui sévissait et il serait grand temps que je dorme un peu. Je m'agace de ma bêtise et reviens dans mon lit qui s'est un peu refroidi lors de ma brève sortie sécuritaire. J'éteins de nouveau la lampe de chevet et trouve ma place dans mon lit. Petit à petit, le sommeil vient me chercher, je m'endors enfin.

Et c'est une odeur qui m'accompagne, une odeur que je ne connais pas et qui pourtant s'est insinuée dans ma maison. Mon esprit s'y est accroché, comme happé, et s'envole avec elle. Il voyage par à-coups, on le dirait partagé entre le désir de résister à cette odeur nouvelle qui l'emporte ou la suivre afin d'en savoir un peu plus sur elle. Finalement, il tente de rebrousser chemin, mais l'odeur le retient, le bouscule, le relâche un peu pour lui donner de l'espoir avant de resserrer son étreinte. L'air se fait rare, le ciel descend sur moi, noir et menaçant, zébré d'éclairs aveuglants de teintes rouge sombre. Je me retourne, je cherche où se cache le danger, mais il ne se cache pas, il est présent tout autour de moi, je le sens, je le devine bien qu'il ne soit pas visible. C'est cette présence qui s'impose à moi, si agressive. Un mouvement derrière moi, comme un oiseau qui fondrait sur sa proie, je me retourne, mais il n'y a rien. L'odeur s'attaque maintenant à mon estomac, le tordant de son acidité, de son aigreur. Elle le pique encore et encore, s'en nourrit sauvagement. Je suis pliée en deux, je tente de vomir pour évacuer ce monstre implacable qui me dévore, mais il est rapide et déjà se faufile jusqu'à mon cœur, remontant par mes artères. Je sais que si je ne fais rien, il va s'y installer et que petit à petit, il ne laissera de place pour rien d'autre. La peur m'envahit. Cette odeur en veut à ma vie et je ne sais comment l'arrêter. Je tente de fuir, car je ne peux pas me défendre contre de l'impalpable. Je m'élance bien que je n'ai pas vraiment idée de la direction qu'il conviendrait de prendre pour échapper à cet agresseur, qu'importe, tout plutôt que de rester à subir. L'odeur se laisse distancer un court instant, déjà elle me rattrape. C'est alors qu'au loin il me semble voir une porte se dessiner. J'accélère et pourtant, la distance ne diminue pas, on se joue de moi, mais je ne comprends pas pourquoi. Je n'abandonne pas pour autant et redouble de vigueur pour y arriver. Afin qu'elle ne m'échappe pas une nouvelle fois, je prends la décision de me jeter vers elle, mais je me cogne douloureusement à un mur invisible et froid. Un hurlement violent qui me fait sursauter se fait entendre. Mon cœur s'affole et pourtant je réalise que c'est moi qui crie. Je suis enserrée, je me débats sauvagement de cet ennemi qui va gagner, j'en ai peur, quand je prends conscience que je suis en sécurité, dans ma chambre, et que c'est juste ma couette qui me prive de tout mouvement. Je cesse de bouger le temps de me calmer un peu, laisser à mon cœur la possibilité de ralentir son rythme cardiaque, sentir mon esprit s'apaiser et mon estomac se détendre enfin. Je dois reprendre pied dans la réalité, tout ceci n'était qu'un cauchemar.

Je tâtonne à la recherche de l'interrupteur afin d'y voir un peu plus clair dans mon enchevêtrement de tissus et je réalise alors que le mur invisible n'était rien d'autre que le parquet sur lequel je me suis lamentablement écrasée. Il est plus de 5h du matin, je crois bien que ma nuit est fichue. De toute façon, je doute d'avoir envie de me rendormir après un tel cauchemar.

Je me relève difficilement, je me suis fait mal lorsque je me suis jetée dans le vide, pensant atteindre la porte salvatrice. Je repose la couette sur le lit et vais dans la cuisine pour me servir un grand verre d'eau. J'allume toutes les lumières au passage, même si ce n'était qu'un rêve, la peur me tient encore sous sa coupe. Puis je reviens me coucher, attrapant au passage un livre que je n'ai encore jamais réussi à lire et qui décrit les mœurs d'un peuple d'Asie centrale. Je me glisse dans mon lit, cette fois je garde la lumière du plafonnier, et j'ouvre le bouquin dont je lis la préface. Au bout de quelques minutes, je réalise que c'est peine perdue, je ne retiens rien. Mon cerveau n'est pas à la lecture. Je suis perplexe, fourbue de questions et d'angoisses. Que signifie tout ceci ? Pourquoi ce cauchemar après une si douce journée en compagnie de mes amies si fidèles ? Pourquoi depuis que je suis rentrée chez moi, j'ai ce malaise qui me tient compagnie ? Rien à faire, je ne peux me détendre et je ne parviens pas non plus à lire. Je tourne en rond avec toutes ces questions sans réponse. Finalement, je me décide à me relever pour aller regarder la télévision, installée confortablement dans le canapé. J'ai l'espoir de parvenir à me détendre plus facilement qu'avec ce livre qui n'a jamais réussi à me captiver. J'emporte ma couette pour me composer un petit nid douillet et me retrouve devant cet écran qui n'a rien à me proposer à pareille heure. Finis de tergiverser, je mets un DVD dans le lecteur et je me laisse emporter par la version chantée du grand classique de Victor Hugo. J'adore ce film, j'ai toute confiance en sa capacité de détourner mon attention. Effectivement, je me laisse prendre par les aventures de ce héros hors norme et de la jeune fille qu'il a prise sous son aile. Je m'allonge sous ma couette, la douce chaleur m'envahit et m'aide enfin à me détendre.

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