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Le cri de la salade

A la demande de mes ami(e)s, je me lance à partager quelques variations épistolaires.

Un homme seul - partie 22

C'est la sonnerie du téléphone qui me réveille, car oui, j'ai finalement sombré dans un sommeil sans rêves en regardant cette comédie musicale à l'air historique. Je suis un peu déphasée, je ne réalise pas tout de suite d'où vient cette sonnerie, ni où je suis, bien entendu, je me suis endormie dans le canapé et cela bouleverse mes repères. Je me lève difficilement, comme une petite vieille percluse de rhumatismes. Je parviens à décrocher le combiné avant que la sonnerie ne se coupe et d'un allo ensommeillé et interrogatif, je me concentre sur mon interlocuteur. En vain, d'ailleurs, il n'y a personne au bout du fil, encore un de ces démarcheurs qui se disent envoyés par la mairie ou par mon fournisseur d'électricité. Je tente bien de renouveler par un « J'écoute » mais à l'autre bout du fil, on semble se ficher royalement du fait que j'écoute ou pas, car finalement, c'est le bip du combiné raccroché qui résonne dans mes tympans. Ce que cela peut m'énerver, ces appels. Par contre, c'est bien la première fois que j'en reçois le matin de si bonne heure. De si bonne heure ? En fait, je ne sais même pas l'heure qu'il peut être et quand je me dirige vers ma chambre afin d'y déposer ma couette devenue inutile, je m'aperçois que je me suis réellement rendormie. J'ai vraiment poursuivi ma nuit de sommeil méchamment commencée et de fait, je suis plus qu'en retard pour commencer ma journée, mon patron va s'inquiéter de mon absence, moi si ponctuelle habituellement.

J'active et m'en vais faire une toilette rafraîchissante, une douche à peine chaude, cela va me réveiller. Un gel douche citronné, histoire de chatouiller mon nez et participer à mon réveil. Ce faisant je repense à mon rêve de cette nuit, enfin, à mon cauchemar, plutôt. Je me secoue la tête, je ne suis pas encore prête à me remémorer ces événements.

Je me regarde dans la glace pour vérifier les ravages de cette nuit cauchemardesque et ce que j'y vois n'est pas fait pour me réjouir. Mon visage présente les traces du coussin du canapé, ça c'est pas terrible, je vais être marquée pour un bon moment. Quant à mes yeux, ils sont rougis par le manque de sommeil et cernés d'ombres caverneuses. Une tête à faire peur. Enfin, ça devrait s'arranger dès que je serai vraiment réveillée.

Les ablutions rondement menées, je reviens dans ma chambre pour m'habiller chaudement. J'ai une sortie sur le terrain ce matin, visite d'une entreprise pour une proposition de formation de l'ensemble du personnel, un gros contrat, j'ai pas trop intérêt à rater mon coup, le patron compte sur moi pour une belle rentrée d'argent. Moi aussi, une prime en échange, ça ne peut pas faire de mal.

Petit tour rapide par la cuisine pour un petit déjeuner tout aussi rapide, un bol de céréales avec du lait d'amandes. La barbe, le paquet est vide, je me demande bien pourquoi il est encore dans le placard et non dans la poubelle pour le recyclage. Encore un coup de ma fille, trop pressée de partir. C'est pas très grave, j'ai toujours un paquet d'avance. Je regarde dans la réserve, mais il n'y en a pas. C'est agaçant, décidément, ce matin commence mal. Je n'ai plus de pain ni de brioche, les placards sont désespérément vides de petit déjeuner. La confiture seule, ça ne le fait pas vraiment. Avec tout ça j'ai encore perdu du temps et pour rien, en plus. Tant pis, je vais devoir partir travailler sans manger et même pas le temps de faire un détour sur mon chemin pour un passage à la boulangerie.

Je laisse tomber l'idée de manger quoi que ce soit, après tout, c'est un peu de temps de perdu en moins. Je me dépêche à me laver les dents et je termine par une hydratation de mon visage, ça c'est assez efficace pour retirer les effets d'une mauvaise nuit. Un rapide coup de brosse sur mes cheveux que j'attache en un chignon serré et me voici sur le départ.

Je sors de chez moi avec près de 50 minutes de retard, referme rapidement la porte et me dirige vers le garage. Je tombe nez à nez avec la charmante voisine qui vient me parler. Ah ! ce n’est pas vraiment le moment, mais il est difficile de m'en défaire sans quelques formules de politesse. Elle s'inquiète de ma mine fatiguée, apparemment, ma crème n'a pas relevé le défi suffisamment. Je la rassure, une bonne nuit de sommeil dès ce soir et cela ira mieux. Je trépigne légèrement d'impatience et parviens enfin à me libérer sans la brusquer.

Le garage, j'ouvre ma voiture et m'installe au volant, sans même enlever mon manteau. Je balance mon sac à mes côtés, attache ma ceinture, réflexe imbécile puisqu'il va me falloir la retirer aussitôt. J'ai vraiment pas la tête en place ce matin. La clé dans le contact, je démarre. Enfin, je tente de démarrer, car, comme un fait exprès, cela ne fonctionne pas. Je recommence, me gardant bien d'aller trop vite et je respecte le préchauffage, deux fois au lieu d'une. Je croise les doigts quand je tourne de nouveau la clé dans le contact. La voiture tousse, semble vouloir se lancer, mais s'arrête pourtant sans avoir réussi à démarrer. Allez, encore une tentative, ça va marcher. La méthode Coué, c'est çà peu près tout ce qu'il me reste. Je laisse tomber ma tête sur le volant, ce n’est pas possible, il n'y a même plus la moindre réaction du moteur. La batterie, probablement elle la coupable. Je ne comprends pas, je l'ai changée à l'entrée de l'hiver, par précaution. J'ai des câbles dans le garage, mais vu l'heure, je doute de trouver le moindre voisin chez lui pour me brancher sur sa voiture. Quant à la charmante voisine qui m'a accostée lorsque je sortais de chez moi, elle se déplace uniquement à vélo. Ce n'est plus un léger énervement qui m'habite, mais plutôt un sentiment qui s'approche de la colère. Le manque de sommeil participe à ma perte de patience plus rapide qu'à l'accoutumée.

Je prends mon téléphone, il faut que je prévienne mon patron de mon retard. Je tombe sur son répondeur, mince, il doit déjà être avec le client pour le faire patienter en m'attendant.

Si je téléphone à mon assurance pour un dépannage, cela ne va pas être assez rapide, dans tous les cas. Je crois me souvenir que j'ai dans le vide poche du couloir, une carte de visite avec le numéro d'une compagnie de taxis, aux grands maux les grands remèdes.

Je ressors de ma voiture et claque la porte rageusement avant de la fermer à clé. Je vois plus trop le risque de me la faire voler, mais on ne sait jamais, vu ma veine aujourd'hui, je vais pas tenter le diable plus encore. Je referme la porte du garage et me dirige à toute vitesse vers la maison, mais je m'arrête devant la porte, j'ai laissé les clés dans la voiture. Quelle idiote ! J'y retourne en me maudissant, ça n'arrange rien, mais je ne peux m'en empêcher. Rebelote, j'ouvre les portes, récupère mes clés et referme les portes, cette fois ça y est, je peux rentrer chercher la carte de visite du taxi.

Elle est bien là où je l'espérais. Vite, je téléphone à la compagnie, un léger temps d'attente et la standardiste me répond avec son petit discours bien rodé. Oui, j'ai besoin d'un taxi, sinon je ne vois pas pourquoi je lui téléphonerais ! Mon énervement doit commencer à s'entendre dans ma voix, il faut que je me calme un peu, elle n'y est pour rien. Elle a un taxi de libre, il sera devant chez moi dans 10 minutes en échange de mes numéros de téléphone et de carte bancaire. Ah bon ? Mais pour quoi faire ? C'est une garantie pour éviter les fausses demandes, me répond la standardiste. Mais je vous ai donné mon numéro de téléphone, je m'insurge. Elle acquiesce, mais c'est ainsi que fonctionne la société de taxi. Si je veux, je peux en contacter une autre, mais je risque de me retrouver face à la même demande, ils ont uniformisé leurs procédures suite à de nombreux problèmes avec les clients. Bon, de toute façon je n'ai plus de temps à perdre alors je m'exécute. Elle me remercie et me confirme l'arrivée du taxi dans 10 minutes.

Je retente de joindre mon patron, cette fois ça décroche. Il est furieux et me demande ce que je fais et pourquoi je ne suis pas encore là pour rencontrer le client. Je lui dis ma panne de voiture et que je mets tout en œuvre pour arriver au plus vite, je sens bien que cela ne l'apaise pas du tout et je croise les doigts pour que le taxi arrive rapidement. Je promets de faire au plus vite et je raccroche sur un patron qui n'a pas été calmé par mes explications.

Je sors de chez moi et referme la porte à clé, puis me dirige vers le portillon pour attendre le taxi. Finalement, je choisis de me rendre à l'entrée de ma rue, ce sont quelques minutes de gagnées, le chauffeur n'aura pas besoin de manœuvrer. Ce n’est rien au regard du retard déjà accumulé, mais c'est un moyen de me calmer un peu.

Je fais le pied de grue, le froid commence à s'insinuer en moi, je grelotte. L'attente me parait interminable. Je regarde l'heure sur mon téléphone, ça ne passe pas, le temps semble s'être arrêté. Je sais qu'il n'en est rien, j'imagine mon patron fulminer après moi et me maudire. Heureusement que je suis l'une de ses meilleures employées et que c'est la première fois qu'une pareille chose m'arrive sinon j'aurais du souci à me faire. Mais il me connait bien, depuis le temps que nous travaillons ensemble et je saurais me faire pardonner en mettant les bouchées doubles.

Les 10 minutes sont écoulées et le taxi n'est pas encore arrivé. Ah mais c'est pas vrai ! Je recherche le numéro de la compagnie pour en savoir plus et pourquoi pas, me défouler sur la standardiste flegmatique quand je vois un taxi arriver au loin. Je lui fais signe afin qu'il ne s'engage pas dans la rue et comprenne que c'est moi qu'il vient chercher. L'espace de quelques secondes, je réalise que ce n'était peut-être pas une bonne idée de ne pas l'avoir attendu devant la grille, s'il a des consignes strictes, il risque de ne pas vouloir me prendre ailleurs qu'à mon adresse précise. Mais non, finalement, il s'arrête, enfin un peu de chance dans ma journée si mal commencée.

Je monte dans le véhicule, rapide formule de politesse et je donne le lieu de mon rendez-vous en précisant que je suis en retard, si c'est possible pour lui de faire au plus vite. Le chauffeur programme son GPS et m'annonce 45 minutes de route sauf cas de force majeure. Oui, cela me semble tout à fait normal comme temps de trajet, cela n'aurait posé aucun problème si je m'étais réveillée à l'heure et si ma voiture n'avait pas décidé de me laisser en rade ce matin. Je n'ai d'autre choix que de patienter et croiser les doigts pour que le client soit compréhensif.

La pluie s'est mise à tomber, d'abord doucement, puis plus drue. La visibilité a diminué, le chauffeur est obligé de ralentir un peu. La circulation augmente en raison de la pluie, mais aussi de l'heure avancée. Pour détourner mon attention, je me branche sur ma boite mail et consulte mes messages. De la publicité, encore et toujours, rien à faire, on a beau limiter la distribution de son adresse, ils arrivent malgré cela à nous trouver pour nous venter les mérites de leurs produits. Je supprime sans même prendre le temps de les ouvrir. Rien de bien important ce matin. Je reprends le courriel que j'avais reçu il y a quelques semaines concernant l'entreprise dans laquelle je me rends ce matin, je relis les données, c'est vraiment un beau contrat, du travail assuré pour un bon moment et la possibilité d'ouvrir sur d'autres filiales. C'est très pénible cette accumulation de problèmes qui vont donner de nous une image peu reluisante, car même si c'est moi la fautive, c'est sur toute notre entreprise que peut rejaillir l'opprobre.

Le chauffeur me parle, je cesse de consulter le dossier et relève la tête, je n'ai pas compris ce qu'il me disait, je lui demande de répéter. Il reprend et m'informe qu'il y a eu un accident quelques kilomètres plus loin, la route est coupée. Malheureusement, il n'y a pas de possibilité de bifurquer, nous sommes coincés dans la circulation. Je le regarde dans le rétroviseur, il blague bien sûr. Je lui réponds que sa plaisanterie n'est pas drôle. Mais non, il ne plaisante pas, ce n'est pas son genre et puis, il a d'autres clients qui l'attendent et ça va le mettre en retard sur son planning. Et moi ?! ai-je envie de lui crier. Mais je me tais, ce n'est pas de sa faute, seulement la mienne de ne pas m'être réveillée à l'heure ce matin. C'est la catastrophe ! Je vais me faire allumer par mon patron, à n'en pas douter.

Il n'y a d'autre choix que de prendre mon mal en patience et espérer que la circulation va être rétablie rapidement. Mais quand ça ne veut pas, ça ne veut vraiment pas. Les informations que les taxis se transmettent par radio ne sont pas bonnes. C'est un carambolage qui s'est produit sur la nationale, entre une dizaine de voitures et la circulation est interrompue dans les deux sens. La police tente de fluidifier le trafic, mais les voies de dégagement sont peu nombreuses pour faire face à l'affluence de véhicules. De temps en temps, nous avançons, mais très légèrement. Je repense au reportage sur les escargots que j'ai écouté hier soir, bien au chaud dans mon taxi, je ne suis pas même plus rapide que ces gastéropodes à coquille. Et à tout bien considérer, je ne suis pas loin de voir s'écouler de ma bouche, de la bave à force d'énervement.

Le chauffeur m'annonce que nous arrivons bientôt à une sortie et que nous allons pouvoir l'emprunter, c'est un détour, mais ce sera toujours plus rapide que de rester dans les bouchons. Il demande mon aval avant de se lancer, je le lui accorde, pas vraiment le choix de toute façon.

La sortie n'est qu'à quelques mètres et pourtant c'est encore plusieurs minutes qu'il nous faut pour y parvenir tout en ayant mordu sur la bande d'arrêt d'urgence. Ouf, nous suivons quelques voitures qui ont fait le même choix et si nous ne roulons pas très vite, le fait de bouger me rassure. Petit à petit la circulation se fluidifie et je caresse l'espoir d'arriver à destination avant la fin de matinée. Maintenant nous avançons normalement, je peux recommencer à respirer. Je vois le panneau d'entrée de ville, encore quelques minutes et je suis arrivée, à la sortie de la ville, dans la zone industrielle fraîchement construite.

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